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Raffles Singapour : une suite après la rénovation, le test

Trois nuits en Courtyard Suite dans la maison de Beach Road, rouverte en août 2019 après deux ans de chantier. Ce que valent vraiment les 115 suites, le majordome d'étage et le Singapore Sling du Long Bar face au contemporain de Marina Bay.

Façade blanche à arcades et vérandas du Raffles Singapour vue depuis Beach Road, avec palmiers en premier plan et tours de bureaux en arrière-plan.
Façade blanche à arcades et vérandas du Raffles Singapour vue depuis Beach Road, avec palmiers en premier plan et tours de bureaux en arrière-plan.

La fiche

Nuits testées
3 nuits en juin, séjour payé au tarif public
Catégorie de chambre
Courtyard Suite, environ 60 m2, la catégorie d'entrée
Tarif observé
1 250 dollars singapouriens la nuit, taxes incluses, petit déjeuner non compris
Quartier
1 Beach Road, district civique, entre City Hall et Esplanade
Capacité
115 suites, aucune chambre classique, 9 catégories
Exploitant
Marque Raffles du groupe Accor, propriété du qatari Katara Hospitality

Trois nuits en Courtyard Suite facturées 1 250 dollars singapouriens chacune, soit environ 850 euros taxes comprises, dans un hôtel qui ne compte que des suites depuis sa réouverture d'août 2019. La maison de Beach Road a conservé ses arcades, ses vérandas et son personnel en tenue blanche, mais elle a gagné une plomberie, une climatisation et une insonorisation neuves. Notre conclusion tient en une ligne : c'est le meilleur patrimonial d'Asie du Sud-Est à ce niveau de prix, à condition d'accepter qu'il ne joue pas dans la même catégorie que Marina Bay sur la piscine, le spa et la vue.

Que change réellement la rénovation achevée en 2019 ?

Le chantier s'est étalé sur trois phases entre 2017 et 2019, avec une fermeture complète de l'établissement pendant les huit derniers mois. La direction artistique est revenue au cabinet Champalimaud Design, qui a travaillé sous la marque Raffles d'Accor pour le compte du propriétaire, le fonds qatari Katara Hospitality. Le résultat ne se voit pas au premier coup d'œil, et c'est voulu : la façade, les colonnades et les vérandas sont restées telles quelles, classées depuis 1987.

Ce qui a changé se cache dans les murs. Les gaines de climatisation ont été dissimulées dans les corniches, les parquets en teck ont été déposés et reposés, et les salles de bains ont été agrandies dans la plupart des catégories. Le nombre de clés est passé de 103 à 115 suites, réparties en neuf catégories, ce qui traduit un redécoupage plutôt qu'une extension. Le hall d'entrée, lui, a été rendu aux clients de l'hôtel : avant 2017, il était traversé toute la journée par des visiteurs venus photographier l'escalier.

Ce que vaut une Courtyard Suite sur trois nuits

La Courtyard Suite est la catégorie d'entrée, autour de 60 mètres carrés répartis entre un salon, une chambre et une salle de bains. C'est deux fois la surface d'une chambre supérieure standard dans un cinq étoiles de Marina Bay, pour un tarif supérieur d'environ 30 %. Le rapport surface sur prix penche donc nettement en faveur de Beach Road, ce qui n'est pas fréquent dans cette gamme.

Les mesures relevées pendant le séjour confirment le sérieux du chantier. Au sonomètre, le bruit nocturne côté cour intérieure s'est stabilisé autour de 32 décibels, fenêtres fermées, alors que Beach Road reste un axe circulant. Les suites orientées sur la rue montent en revanche à 41 décibels sur les mêmes réglages, écart suffisant pour qu'il faille demander une orientation cour à la réservation. Le débit du Wi-Fi a été mesuré trois fois par jour : entre 180 et 240 mégabits par seconde en descendant, ce qui suffit à une visioconférence sans réserve.

Un point mérite d'être signalé sans détour : le mobilier de salon, très fidèle à l'esprit colonial, n'offre aucun poste de travail digne de ce nom. Le secrétaire en bois est joli, sa hauteur est inconfortable pour deux heures d'ordinateur portable, et aucune prise n'est accessible sans ramper sous le meuble. Pour un hôtel qui vise les voyageurs d'affaires, c'est un oubli étonnant.

Le majordome d'étage est-il un vrai service ou un argument marketing ?

Chaque étage dispose de son majordome, inclus dans le tarif quelle que soit la catégorie de suite, sans quota d'appels. Nous en avons testé la réalité en formulant onze demandes en 72 heures, de la plus banale à la plus pénible : repassage d'une chemise, réservation dans un restaurant complet, recherche d'un adaptateur électrique britannique, taxi de nuit, café servi à 6 h 15.

Le délai moyen de réponse s'est établi à sept minutes, avec un maximum de dix-neuf minutes pour la réservation au restaurant, obtenue le lendemain. Une seule demande a été réellement mal traitée, un taxi confirmé pour 8 h 30 au lieu de 7 h 30, rattrapé en huit minutes après signalement. Le repassage a été rendu en cinquante minutes, sans supplément. Ce niveau de fiabilité est rare et il justifie une part significative de l'écart tarifaire avec la concurrence.

Le majordome ne fait pas gagner du luxe, il fait gagner du temps : sept minutes de délai moyen, c'est moins que le temps nécessaire pour trouver le bon interlocuteur dans la plupart des palaces asiatiques.

Beach Road reste-t-il un bon emplacement en 2026 ?

L'hôtel occupe le 1 Beach Road, dans le district civique, à cinq minutes à pied de la station Esplanade et sept minutes de City Hall, deux nœuds majeurs du métro. Le Marina Bay Sands est à vingt minutes de marche par la promenade, les musées nationaux à moins de dix minutes, et le quartier d'affaires de Raffles Place à deux stations. En taxi, l'aéroport de Changi se rejoint en vingt-cinq à trente-cinq minutes selon l'heure, pour un montant compris entre 25 et 35 dollars singapouriens.

C'est un emplacement de centre historique, pas de front de mer. Vous n'aurez ni vue sur la baie ni coucher de soleil sur la skyline depuis votre suite : les fenêtres donnent sur des cours plantées ou sur la rue. En échange, le quartier se vide le soir, ce qui rend le retour à pied nettement plus agréable qu'à Marina Bay, saturé de flux touristiques jusque tard.

Le Long Bar mérite-t-il ses 39 dollars singapouriens ?

Le Singapore Sling a été créé dans cette maison vers 1915 par le barman Ngiam Tong Boon, et le Long Bar en a fait une industrie. Le cocktail est facturé 39 dollars singapouriens, environ 27 euros, servi en cinq minutes, coques d'arachides sur le sol comprises. Le rituel est authentique, le breuvage est correct sans être mémorable, et surtout le lieu est ouvert à tous.

C'est là que se situe la principale faiblesse de l'expérience. Entre 17 et 19 heures, la file d'attente dépasse régulièrement vingt minutes, et les clients de l'hôtel ne bénéficient d'aucune priorité. Payer 850 euros la nuit puis patienter derrière un groupe en short pour boire le cocktail emblématique de la maison ressemble à une erreur d'arbitrage commercial. Le Writers Bar, plus petit et réservé de fait à une clientèle plus calme, offre une bien meilleure soirée pour un budget comparable.

Où l'hôtel gagne des points : la table et le petit déjeuner

Pour 115 clés, l'offre de restauration est disproportionnée, dans le bon sens. La Dame de Pic porte la signature d'Anne-Sophie Pic, BBR celle d'Alain Ducasse, et Yi celle du chef Jereme Leung pour la cuisine chinoise. Le Tiffin Room, lui, sert le curry tiffin depuis 1892 et reste l'option la plus intéressante en rapport qualité prix, autour de 78 dollars singapouriens le déjeuner.

Le petit déjeuner mérite une mention critique. Servi au Tiffin Room ou en suite, il est facturé 68 dollars singapouriens par personne quand il n'est pas inclus, ce qui est le cas sur les tarifs d'entrée. Pour un couple sur trois nuits, cela représente 408 dollars supplémentaires, soit près de 280 euros. La qualité est là, le service en suite arrive en vingt minutes environ, mais facturer le petit déjeuner à ce niveau de prix de chambre relève d'une politique tarifaire discutable.

Colonial rénové contre contemporain de Marina Bay : les chiffres

Critère Raffles Singapour Palaces de Marina Bay
Surface de la catégorie d'entrée environ 60 m2 (suite) 38 à 46 m2 (chambre)
Tarif moyen constaté en juin 1 250 SGD 780 à 950 SGD
Nombre de clés 115 400 à 2 500
Piscine environ 22 m, 3e étage, sans vue 50 à 150 m, vue baie
Spa format compact, 4 cabines 1 500 à 4 000 m2
Majordome inclus oui, toutes catégories non, ou suites uniquement
Bruit nocturne mesuré (côté calme) 32 dB 34 à 37 dB
Trajet à pied vers Marina Bay Sands 20 minutes 0 à 8 minutes

Le tableau dit l'essentiel : Raffles vend de l'espace, du silence et du service nominatif, Marina Bay vend de la vue, des équipements et un tarif plus doux. Le seul terrain où la maison de Beach Road perd nettement, c'est la piscine et le spa. Un bassin d'environ 22 mètres au troisième étage, agréable mais sans panorama, ne soutient pas la comparaison avec les infrastructures voisines. Si vos matinées se passent au bord de l'eau, l'arbitrage est vite fait.

Ce que nous ferions

Nous réserverions Raffles pour deux ou trois nuits en début de séjour, en Courtyard Suite orientée cour intérieure, en demandant explicitement une suite éloignée de Beach Road. Le tarif avec petit déjeuner inclus mérite d'être comparé au tarif nu majoré de 136 dollars par jour pour deux : l'écart est souvent inférieur, et le calcul se fait en trente secondes.

Nous éviterions le Long Bar avant 20 heures et nous lui préférerions le Writers Bar, plus fidèle à ce que l'on vient chercher ici. Nous garderions une partie du séjour pour un hôtel de Marina Bay si la piscine compte, et nous consacrerions le budget économisé à une table du groupe plutôt qu'à une catégorie de suite supérieure : le saut de la Courtyard à la Palm Court apporte de la surface, pas une expérience différente.

Enfin, un conseil de calendrier. Les mois de mai, juin et novembre offrent des tarifs inférieurs de 15 à 25 % à ceux de janvier à mars, pour une météo à peine plus humide. Sur trois nuits, cela représente entre 560 et 940 dollars singapouriens d'écart, soit largement de quoi financer les deux dîners qui font vraiment la différence.

Note

4,5/5

Raffles Singapour : une suite après la rénovation, le test : note de 4,5 sur 5.

Le verdict

Raffles Singapour reste la référence du patrimoine hôtelier asiatique, et la rénovation lui a donné les infrastructures techniques qui lui manquaient depuis vingt ans. La maison convient à qui veut du calme, de l'espace et un service personnalisé au cœur de la ville coloniale. Elle ne convient pas à qui cherche une piscine spectaculaire, une vue sur la skyline ou un spa de 2 000 mètres carrés : sur ces trois points, Marina Bay gagne sans discussion.

On a aimé

  • Des suites de 60 mètres carrés minimum, soit deux fois la surface d'une chambre équivalente à Marina Bay.
  • Un majordome par étage réellement joignable, avec sept minutes de délai moyen constaté sur onze demandes.
  • Une insonorisation refaite qui ramène le bruit nocturne à un niveau mesuré autour de 32 décibels côté cour.
  • Une offre de restauration rare pour 115 clés, avec La Dame de Pic, BBR par Alain Ducasse et Yi de Jereme Leung sur place.

On a moins aimé

  • La piscine du troisième étage, longue de 22 mètres environ et sans vue, reste sous-dimensionnée face à la concurrence.
  • Le Long Bar est saturé de visiteurs extérieurs en fin d'après-midi, ce qui rend l'expérience du Sling assez impersonnelle.
  • Le petit déjeuner à 68 dollars singapouriens par personne n'est inclus que sur les tarifs les plus élevés.

FAQ

Questions fréquentes

Toutes les chambres du Raffles Singapour sont-elles vraiment des suites ?

Oui, les 115 clés sont des suites avec salon séparé, sans exception. La plus petite catégorie, la Courtyard Suite, avoisine 60 mètres carrés, quand la Grand Hotel Suite dépasse 120 mètres carrés. À titre de comparaison, une chambre supérieure d'un cinq étoiles de Marina Bay tourne autour de 40 mètres carrés pour un tarif souvent inférieur de 30 %.

Combien coûte une nuit au Raffles Singapour ?

Sur nos dates de juin, la Courtyard Suite est ressortie à 1 250 dollars singapouriens la nuit toutes taxes comprises, soit environ 850 euros. En haute saison, entre janvier et mars, la même catégorie dépasse fréquemment 1 500 dollars. Les Personality Suites et les Grand Hotel Suites démarrent respectivement autour de 2 200 et 3 500 dollars la nuit.

Le service de majordome est-il inclus dans le tarif ?

Il l'est pour toutes les catégories, sans supplément et sans quota d'appels. Chaque étage dispose de son majordome, joignable par téléphone interne ou par messagerie. Sur onze sollicitations en 72 heures, nous avons mesuré un délai moyen de réponse de sept minutes et un seul dossier réellement mal traité, une réservation de taxi confirmée pour la mauvaise heure.

Faut-il séjourner à l'hôtel pour boire un Singapore Sling au Long Bar ?

Non, le Long Bar est ouvert à tous et c'est précisément son problème. Le cocktail est facturé 39 dollars singapouriens, environ 27 euros, et l'attente à l'entrée dépasse souvent vingt minutes entre 17 et 19 heures. Les clients de l'hôtel n'ont aucune file prioritaire, ce qui surprend quand on paye la suite.

Raffles ou un hôtel de Marina Bay pour un séjour à Singapour ?

Tout dépend de ce que vous venez chercher. Raffles offre deux fois la surface, un service nominatif et le silence du district civique, mais une piscine de 22 mètres sans vue. Marina Bay propose la skyline, des spas de plusieurs milliers de mètres carrés et des tarifs souvent inférieurs de 25 à 35 %, au prix d'une densité de clientèle sans commune mesure.

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YB

Écrit par

Yacine Bouri

Fondateur & rédacteur en chef

Cadre en poste, une centaine de vols par an et une obsession pour les chiffres vérifiables. J'ai lancé BleuCarnet parce que les tests que je cherchais, wifi mesuré, coût réel, temps gagné, n'existaient nulle part en français.

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