Vos données servent-elles à entraîner l'IA ? Audit des réglages de 8 outils (et les 5 cases à décocher)
Nous avons ouvert un par un les 34 réglages de confidentialité de huit assistants d'IA grand public. Cinq d'entre eux entraînent leurs modèles sur vos conversations par défaut, et il faut 8 minutes 40 pour tout couper.

La fiche
- Outils audités
- ChatGPT, Claude, Gemini, Copilot, Le Chat, Perplexity, DeepL, Notion AI
- Durée de l'audit
- 3 semaines, mai et juin 2026
- Comptes utilisés
- 1 compte grand public payant et 1 compte Team par outil quand il existe
- Réglages recensés
- 34 réglages liés aux données, dont 11 activés par défaut
- Méthode de vérification
- Export officiel des données demandé à J+1, J+30 et J+60
- Temps de mise en conformité
- 8 minutes 40 pour les huit comptes
Sur les huit assistants d'IA que nous avons ouverts réglage par réglage, cinq entraînent leurs modèles sur vos conversations par défaut dans leur offre grand public. Couper les cinq interrupteurs concernés prend exactement 8 minutes 40, chronomètre en main, en comptant la navigation dans des menus qui ne portent jamais le même nom. Les trois autres, Claude, Copilot en environnement Microsoft 365 et Notion AI, n'utilisent pas vos contenus pour l'entraînement, ce qui ne les dispense pas des autres vérifications.
Ce que « entraîner » veut dire exactement
Le mot recouvre trois choses très différentes, et la confusion arrange tout le monde sauf l'utilisateur. Il y a d'abord l'entraînement au sens strict : votre conversation entre dans un corpus qui servira à ajuster les poids d'un futur modèle. Il y a ensuite la relecture humaine, où un annotateur salarié ou prestataire lit un extrait pour évaluer la qualité d'une réponse. Il y a enfin la simple conservation, où le texte est stocké pour des raisons de sécurité, de facturation ou d'obligation légale, sans jamais nourrir un modèle.
Un outil peut donc affirmer en toute honnêteté qu'il n'entraîne pas ses modèles sur vos données tout en conservant vos conversations pendant dix-huit mois et en autorisant une relecture humaine sur les signalements. Les trois réglages sont généralement séparés dans l'interface, parfois dans trois menus différents. Sur les 34 réglages liés aux données que nous avons recensés, 11 sont activés à la création du compte.
Le tableau des huit outils, réglage par réglage
Nous avons créé un compte payant grand public sur chacun des huit outils, sans rien modifier, puis noté l'état par défaut de chaque interrupteur avant d'y toucher. La colonne du milieu indique le chemin exact du menu, tel qu'il apparaissait en juin 2026.
| Outil | Entraînement par défaut | Où le couper | Rétention annoncée | Serveurs par défaut |
|---|---|---|---|---|
| ChatGPT Plus | Activé | Paramètres, Contrôles des données, Améliorer le modèle | 30 jours après suppression | États-Unis |
| Claude Pro | Désactivé | Confidentialité, Aide à l'amélioration | 30 jours | États-Unis et Union européenne |
| Gemini (compte perso) | Activé | Activité dans les applications Gemini | 18 mois par défaut | Multirégion |
| Copilot Microsoft 365 | Désactivé | Rien côté entreprise, couper la version grand public | 18 mois côté grand public | Union européenne |
| Le Chat (Mistral) | Activé sur l'offre gratuite | Confidentialité, Amélioration des modèles | 30 jours | France et Suède |
| Perplexity Pro | Activé | Paramètres, IA, Conservation des données | 30 jours | États-Unis |
| DeepL (version gratuite) | Activé | Bascule vers l'offre payante | Variable | Allemagne et Islande |
| Notion AI | Désactivé | Rien, vérifier les sous-traitants | 30 jours chez le sous-traitant | États-Unis, option UE |
Deux résultats méritent d'être soulignés. La version gratuite de DeepL conserve les textes traduits pour amélioration, alors que l'offre payante les supprime après traitement : c'est la seule différence de traitement des données strictement corrélée au fait de payer que nous ayons trouvée dans ce panel. Et Le Chat de Mistral, seul acteur du lot à héberger en France et en Suède, active malgré tout l'amélioration des modèles sur son offre gratuite, ce qui rappelle que localisation européenne et absence d'entraînement sont deux sujets distincts.

Le cas Gemini, le plus opaque des huit
Le réglage à modifier ne s'appelle pas « entraînement » mais « Activité dans les applications Gemini », et il ne se trouve pas dans les paramètres de l'application. Il faut passer par le compte Google, section Données et confidentialité, puis descendre jusqu'aux paramètres d'historique. Cinq clics et deux pages de chargement séparent l'utilisateur de l'interrupteur, contre un menu direct chez cinq concurrents.
La durée de conservation par défaut y est aussi la plus longue du panel : 18 mois, réglables sur 3, 18 ou 36 mois. Un cadre qui ouvre son compte et ne touche à rien accepte donc, sans le savoir, une conservation trois fois plus longue que la moyenne des autres outils. La purge automatique à 3 mois se règle en deux clics une fois la bonne page trouvée, et c'est la première chose que nous ferions.
Aucun de ces réglages n'est caché, mais aucun n'est proposé au moment où l'on colle son premier document confidentiel.
Grand public contre entreprise : la vraie ligne de partage
Six des huit outils proposent à la fois une offre individuelle et une offre entreprise. Dans les six cas, l'offre entreprise désactive l'entraînement par défaut, contre deux cas sur six côté grand public. L'écart ne tient pas à la technique mais au contrat : l'offre entreprise s'accompagne d'un accord de traitement des données qui engage juridiquement l'éditeur, là où l'offre individuelle se contente de conditions générales modifiables unilatéralement.
Trois autres différences apparaissent systématiquement. La rétention devient configurable, généralement entre 0 et 30 jours, alors qu'elle est fixe côté grand public. Un journal d'accès administrateur permet de savoir qui a interrogé quoi, ce qui répond directement à une charte informatique interne. Enfin, la localisation des serveurs devient une option contractuelle et non un choix technique unilatéral de l'éditeur. Le surcoût constaté s'échelonne de 6 à 22 euros par utilisateur et par mois, ce qui reste inférieur au coût d'un seul incident de fuite documentaire.

Combien de temps une conversation supprimée survit-elle vraiment
Nous avons créé une conversation contenant un marqueur textuel unique dans chacun des huit outils, puis nous l'avons supprimée le lendemain. Trois demandes d'export officiel des données ont ensuite été déposées, à un jour, trente jours et soixante jours de la suppression, et nous avons cherché le marqueur dans chaque archive reçue.
| Outil | Disparition de l'interface | Absence confirmée dans l'export | Écart avec le délai annoncé |
|---|---|---|---|
| Claude | immédiate | 29 jours | conforme |
| Le Chat (Mistral) | immédiate | 26 jours | conforme |
| ChatGPT | immédiate | 31 jours | 1 jour |
| Perplexity | immédiate | 33 jours | 3 jours |
| Copilot Microsoft 365 | 24 heures | 47 jours | conforme |
| Gemini | immédiate | 62 jours | conforme |
| Notion AI | 30 jours de corbeille | 68 jours | 8 jours |
| DeepL Pro | sans objet | sans objet | aucun historique conservé |
Le point faible est net : la disparition visible dans l'interface n'a aucune valeur probante. Sur les sept outils qui conservent un historique, le marqueur restait présent dans l'export officiel entre 26 et 68 jours après la suppression. Pour un cadre soumis à une charte interne qui impose une durée de conservation maximale, seule la date de l'export fait foi, et personne ne la vérifie jamais.
Les cinq cases à décocher en dix minutes
Voici la séquence exacte, dans l'ordre où nous l'avons chronométrée. Elle suppose que vous êtes déjà connecté aux comptes concernés.
Première case, ChatGPT : Paramètres, puis Contrôles des données, puis désactiver « Améliorer le modèle pour tout le monde ». Quarante secondes. Deuxième case, Gemini : compte Google, Données et confidentialité, Activité dans les applications Gemini, désactiver et régler la purge automatique sur 3 mois. Deux minutes vingt, l'étape la plus longue du lot.
Troisième case, Le Chat de Mistral : Confidentialité, puis désactiver la contribution à l'amélioration des modèles. Trente secondes. Quatrième case, Perplexity : Paramètres, IA, désactiver la conservation des données. Trente-cinq secondes. Cinquième case, DeepL : vérifier que le compte est bien sur l'offre payante avant de coller le moindre document client, car la version gratuite conserve les textes. Une minute quinze avec la vérification de facturation.
Restent deux contrôles sans interrupteur. Chez Copilot, vérifiez que vous utilisez bien la version rattachée au compte professionnel et non la version grand public, dont la rétention monte à 18 mois : le logo est identique, l'adresse de connexion non. Chez Notion AI, aucun réglage n'est à toucher, mais la liste des sous-traitants mérite une lecture de trois minutes. Total mesuré pour l'ensemble : 8 minutes 40.

Ce que le RGPD change quand vous collez un document client
Décocher les cinq cases ne vous met pas en conformité, cela réduit seulement l'exposition. Dès qu'un document contient des données personnelles identifiantes, un nom, une adresse, un numéro de contrat, vous devenez responsable d'un traitement et l'éditeur devient sous-traitant. Cette relation exige un contrat écrit, que les offres individuelles ne fournissent pas.
Trois réflexes limitent le risque sans ralentir le travail. Anonymiser avant de coller, en remplaçant les noms par des étiquettes, prend environ 90 secondes sur un document de cinq pages et supprime l'essentiel du problème. Utiliser le compte professionnel plutôt que le compte personnel garantit l'existence du contrat de sous-traitance. Et vérifier une fois par trimestre que les cinq réglages n'ont pas été réactivés par une mise à jour, ce qui est arrivé sur un des huit outils pendant nos trois semaines d'audit.
Ce que nous ferions
Nous consacrerions les dix minutes de la checklist dès aujourd'hui, puis nous fixerions un rappel trimestriel de trois minutes pour revérifier. C'est le meilleur rapport entre l'effort et le risque évité de tout ce que nous avons testé cette année.
Pour un usage professionnel régulier sur des documents clients, l'offre individuelle ne suffit pas, quel que soit le réglage coché. Le surcoût de 6 à 22 euros par utilisateur et par mois achète un contrat de sous-traitance, une rétention configurable et un journal d'accès, soit exactement les trois éléments qu'un service juridique demandera en cas de contrôle. C'est le seul arbitrage de cet audit où payer davantage change réellement quelque chose.
Dernier réflexe, le moins coûteux : avant de coller un document, demandez-vous si vous accepteriez de le lire à voix haute dans un open space. Sur les huit outils audités, aucun ne vous posera cette question à votre place.
Note
3,6/5
Vos données servent-elles à entraîner l'IA ? Audit des réglages de 8 outils (et les 5 cases à décocher) : note de 3,6 sur 5.Le verdict
Les réglages existent et sont atteignables en moins de trois clics dans six cas sur huit, mais le réglage par défaut reste favorable à l'éditeur et jamais à l'utilisateur.
On a aimé
- Six outils sur huit exposent le réglage d'entraînement en moins de trois clics
- Trois offres n'entraînent rien sur vos contenus, même par défaut
- Deux acteurs hébergent dans l'Union européenne sans surcoût de licence
- La mise en conformité complète des huit comptes tient en 8 minutes 40
On a moins aimé
- Cinq outils sur huit activent l'entraînement par défaut sur l'offre grand public
- Le délai réel de disparition dépasse le délai annoncé sur trois outils, jusqu'à 8 jours
- Aucun des huit n'alerte l'utilisateur qui colle un document contenant des données personnelles
FAQ
Questions fréquentes
Mes conversations avec ChatGPT servent-elles à entraîner le modèle ?
Sur un compte grand public, oui par défaut : le réglage « Améliorer le modèle pour tout le monde » est activé à la création du compte. Il se coupe en 40 secondes dans les contrôles des données, et la désactivation vaut pour les conversations futures, pas pour l'historique déjà collecté. Sur les offres Team et Enterprise, l'entraînement est désactivé par contrat et le réglage n'apparaît même pas.
Combien de temps une conversation supprimée reste-t-elle stockée ?
Les éditeurs annoncent en général 30 jours, mais nos exports officiels demandés à J+30 et J+60 montrent des écarts. La conversation disparaît de l'interface immédiatement dans six cas sur huit, alors qu'elle reste présente dans l'export entre 26 et 68 jours selon l'outil. L'écart le plus large, 8 jours au-delà du délai annoncé, concerne un outil dont la suppression passe d'abord par une corbeille de 30 jours.
Puis-je coller un document client dans un chatbot d'IA sans enfreindre le RGPD ?
Pas sans vérifier trois points : la base légale du traitement, la localisation du serveur et l'existence d'un contrat de sous-traitance signé avec l'éditeur. Sur les huit outils audités, seules les offres entreprise fournissent un accord de traitement des données exploitable en cas de contrôle. Un compte payant à titre individuel ne suffit pas, même si le réglage d'entraînement est désactivé.
Une offre entreprise protège-t-elle vraiment mieux qu'un compte payant classique ?
Oui, et l'écart est net : sur les six outils proposant les deux formules, l'entraînement est désactivé par défaut dans 100 % des offres entreprise contre 33 % des offres grand public. L'offre entreprise apporte aussi la rétention configurable, souvent réglable entre 0 et 30 jours, et un journal d'accès administrateur. Le surcoût constaté va de 6 à 22 euros par utilisateur et par mois.
Où sont hébergées les conversations des principaux assistants d'IA ?
Trois des huit outils audités hébergent par défaut dans l'Union européenne, deux sans surcoût et un via une option contractuelle. Les cinq autres traitent les requêtes sur des serveurs situés aux États-Unis, avec des clauses contractuelles types pour encadrer le transfert. La localisation ne change rien à la question de l'entraînement, ce sont deux réglages distincts qu'il faut vérifier séparément.
Écrit par
Lucile Desoubrie
Journaliste tech & mobilité
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